Héros, nom masculin : 1. Celui qui se distingue par ses exploits ou un courage extraordinaire. 2. Homme digne de l’estime publique, de la gloire, par sa force de caractère, son génie, son dévouement total à une cause, une œuvre. (Dictionnaire Le Petit Robert, 2011)
Du héros de papier à celui de l’histoire, du héros de tous les jours à celui d’un soir, neuf auteurs masculins de la relève québécoise ont rédigé, chacun à sa manière, une histoire de « gars » sous le thème du héros. Et vous, quelle est votre définition d’un héros ?
Né d’un père gaspésien et d’une mère américaine, Deni Y. Béchard a vécu au Québec, dans l’Ouest canadien et aux États-Unis. Son premier roman, Vandal Love
ou Perdus en Amérique, lui a valu le Commonwealth
Writers’ Prize en 2007. Il a voyagé dans plus de
trente pays, dont le Maroc, le Japon, Haïti, l’Irak, l’Inde et
l’Afghanistan. Les héros de sa jeunesse étaient surtout
des écrivains décédés tels que Faulkner et Steinbeck.
Aujourd’hui, lorsqu’il voyage dans des pays tumultueux,
il rencontre des individus dont l’endurance et la joie de
« J’ai écrit La langue de mon père à Kaboul. Par une journée d’hiver très ensoleillée, je suis monté sur le toit de mon édifice pour mieux voir la ville. Je n’arrivais pas à écrire au sujet de Kaboul, car tout ce que j’y voyais était tellement sombre et déprimant. Là, sur le toit, j’ai compris qu’il fallait que je trouve une façon de voir de l’humour et de l’espoir dans ce qui m’entourait. Du coup, j’ai repensé à mon père, à combien j’avais toujours eu du mal à écrire à son sujet. La langue de mon père s’est inspirée de ce moment. Ce texte est autobiographique, bien que j’aie modifié des détails pour le transformer en nouvelle. »
Crédit photo : Michael Connolly
Simon Boulerice est un touche-à-tout épanoui.
Il écrit pour le théâtre (Qu’est-ce qui reste de Marie-
Stella ?, 2008), il a publié un roman (Les Jérémiades,
2009) et un recueil de poèmes (Saigner des dents, prix
Alphonse-Piché 2009). Il est également comédien et
metteur en scène. Mais ce qu’il fait le plus fréquemment,
c’est danser dans sa cuisine sur du Radiohead ou
sur les vieux succès de Whitney Houston, en prenant
toujours bien soin de cacher Whitney sous un CD de
Radiohead lorsqu’il reçoit des invités.
Je le dis tout de go : mon activité préférée, c’est danser dans ma cuisine sur du Radiohead ou sur les vieux succès de Whitney Houston. Néanmoins, longtemps, lorsque je recevais des invités à la maison, je prenais toujours bien soin de cacher Whitney sous un CD de Radiohead, question de préserver ma dignité. Mais tout ça est derrière moi. J’assume dorénavant la Whitney en moi. Je suis la somme de Radiohead et Whitney. Je n’ai pas grand-chose d’héroïque en moi, sinon de m’assumer au complet, comme le fait Yann Masson, le héros de Ce que Mariah Carey a fait de moi. Comme lui, je revendique mes précieuses contradictions. Vous, êtes-vous plus Whitney ou Mariah ?
Le plus dur dans le fait d’avoir maintenant trente
ans, se dit Guillaume Corbeil, c’est de se comparer
avec ses héros d’enfance au même âge et de constater
à quel point son existence est banale. Oui, bien sûr
il a publié trois livres (L’art de la fugue, 2008, Pleurer
comme dans les films, 2009, et Brassard, 2010) — il
se le répète tous les soirs pour se convaincre qu’il a
quand même fait quelque chose de sa vie —, mais
jamais il ne gagnera la Coupe Stanley.
« À douze ans, ma mère m’a envoyé à Montréal, dans un collège privé axé sur le sport. Je n’étais pas un rejet, disons que j'étais un outsider. À chaque année, je devais me faire des nouveaux amis parce que les anciens avaient été renvoyés. Je pense que c'est là que j’ai commencé à écrire – même si, en vérité, je n’écrirais mon premier texte que dix ans plus tard. J’observais le monde de l’extérieur, je n’en faisais pas partie. Dans mon coin, j’analysais, je me moquais, je méprisais… C'est l’état d’esprit que j’ai revisité en écrivant Les Yeux gris. »
Eric Dupont est né en Gaspésie en 1970, un mois
avant l’alunissage d’Apollo 11. Digne représentant de
la génération fusée, il a vécu à Salzbourg, Berlin et
Toronto avant de se poser à Montréal en 2003. Quand
il était enfant, il a un jour demandé des cours de
piano à ses parents qui, inquiétés par ces aspirations
peu viriles, l’ont inscrit à la place dans une ligue de
hockey mineur. Ni Mozart ni Gretzky, le jeune patineur
mélomane devra se contenter de devenir écrivain.
Eric Dupont a publié trois romans — Voleurs de sucre
(2004), La logeuse (2006), et Bestiaire (2008) — aux
éditions Marchand de feuilles, et enseigne la traduction
à l’Université McGill. Il espère un jour mourir de rire.
« C'est pendant un récital donné par un grand violoniste russe que l'idée m'est venue d'écrire cette nouvelle. Pendant qu'il exécutait une pièce d'une grande complexité, je me suis demandé quelle sorte de jeunesse cet homme avait pu vivre, c'est ainsi que j'ai imaginé mon personnage, Wilhelm, une prof de violon diabolique, un concerto injouable et un chat inquiétant nommé Sibelius. »
Stéphane Lafleur a grandi dans une municipalité
qui n’existe plus. Il partage son temps entre
le cinéma et la musique. Il a réalisé Continental, un
film sans fusil et fait partie du groupe folk Avec pas
d’casque. Il aimerait vivre deux vies simultanées, l’une
impliquant des lasers crachés par les yeux. Bobo est
sa première nouvelle..
« Bobo est à proprement parler le premier texte que j'écris, destiné à être lu. Jusqu'à maintenant, mon écriture était consacrée à des scénarios de films ou des paroles de chansons (donc vouée à d'autres médiums). C'est donc avec beaucoup d'excitation que j'ai accepté la proposition de la courte échelle. Étrangement, l'adolescence était une période que je m'étais jusqu'à maintenant défendu de revisiter. Par pudeur ou par manque de recul, peut-être. Nous dirons simplement que Bobo est une vraie fiction inspirée de faux événements et que ses personnages ont partiellement existé. L'Escalade est probablement devenue un quartier résidentiel, depuis. »
Journaliste, commentateur culturel, éditeur, gestionnaire,
initiateur chronique de projets, Nicolas Langelier
est né dans l’est de Montréal en 1973. Il est l’auteur de
Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie
en 25 étapes faciles (Boréal, 2010) et de Dix mille choses
qui sont vraies, tome I (Les 400 coups, 2008), en plus
d’avoir dirigé l’ouvrage collectif Quelque part au début
du xxie siècle (La Pastèque, 2008). Adolescent, ses héros
étaient surtout de jeunes musiciens anglais déprimés,
ce qu’il ne recommande pas particulièrement.
Bertrand Laverdure aime bien qu’on l’appelle le
poète, parce que ce n’est pas tout à fait faux. Il a publié
plusieurs livres de poésie, dont Rires (Le Noroît) et Sept et demi (Le Quartanier). Mais c’est également un
romancier qui ne veut pas écrire des romans ordinaires,
voir Gomme de xanthane (Triptyque), Lectodôme (Le
Quartanier), finaliste au Grand Prix littéraire Archambault
2010, et J’invente la piscine (La courte échelle). De plus,
il adore participer à des lectures publiques et ne jamais
lire dans la même position. En secret, il croit être le dramaturge
de sa propre vie. Il aime d’ailleurs beaucoup
les secrets : si vous le rencontrez, murmurez-lui le vôtre.
« "Puis on installa un porc sur une chaise Daytona dont le moteur électrique ne ressemblait plus à rien de connu." Voilà une phrase tirée de ma première nouvelle écrite pour le collectif. Je n’ai pas cru bon de la retenir. J’ai rédigé ensuite SCRAP IT, dans la fulgurance, motivé par un désir puissant de créer et de détruire un héros désagréable. Les compliments de Geneviève (directrice éditoriale aux éditions de la courte échelle) après la lecture de ce texte m’ont fait comprendre, dès lors, que ça y était. »
Bertrand Laverdure sur Facebook
Crédit photo : Pascal Lysaugh
Depuis que son grand-père lui a raconté son action
dans la Résistance et ses trente-neuf mois de captivité
dans les camps de concentration allemands au début
des années 1940, Tristan Malavoy-Racine se passionne
pour l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Rédacteur
en chef de l’hebdomadaire Voir, auteur de poésie
(L’oeil initial, 2001, Les chambres noires, 2003 et Cassé-
Bleu, 2006) et musicien, il s’intéresse en fait à la notion
de liberté ainsi qu’à tout ce qui la met en péril.
« Mon grand-père est mort en 2005, à 90 ans, mais il s’en est fallu de peu que sa vie ne s’arrête avant son trentième anniversaire, quelque part au début des années 1940. Engagé dans la Résistance française, André Malavoy a été fait prisonnier par les nazis avant d’aboutir au camp de concentration de Mauthausen, où il allait, pendant 39 mois, s’accrocher à la vie. C’est à travers son histoire que je me suis intéressé à la Deuxième Guerre mondiale, c’est aussi par lui que j’ai connu le geste courageux d’Alphonse Bérard, point de départ du texte qui va suivre. »
Crédit photo : Stéphane Najman
Éric McComber a grandi à Montréal-Nord dans
les années soixante. Musicien rock, blues, et cætera,
jusqu’en 2002, année de la publication d’Antarctique (Triptyque), au Québec. Il publie ensuite une vingtaine
de nouvelles tant au Québec qu’en France. Parution en
2007 de Sans connaissance, aux éditions Autrement.
Il abandonne la vie sédentaire et l’Amérique l’automne
suivant et parcourt désormais les routes de l’Europe en
cyclonomade.
522 km
Addenda
— — —
« Un, deux, trois, vlak !
Ensuite, c’est une intro gros rock en ré sauce rhythm'n'blues nappée de synthés et imbibée de plaintes d’ebo, ce petit gadget qui permet de jouer en sostenuto éternel à l’électrique. À la batterie, ça y va bourrin doug-vlak-doug-vlak… et la basse roule autour de ça en quasi walking, mais soul, manière Temptations… C'est l’aube des 80 et le premier mot qui résonne est une prémonition solitaire, connectée à aucune phrase, anté-ombre du premier couplet mais, surtout, aparté annonciateur de toute la fin de siècle : "Je !"
I
I Will be King
And you
You’ll be my Queen
JE !
Je serai roi…
Rien de moins, tiens. Les corps de Marvin Gaye, Bob Marley et John Lennon encore tièdes… À peine la dernière poignée de terre sur le peace & love… Hop ! Le "nous" est révolu. Sus au "nous". On se jette à pieds joints dans le "je". Basta peuple, basta émancipation, liberté, fraternité, dignité… Faites vos "je", rien ne va plus… désormais, retour à l'enfance, au berceau, au ballon d'or… Ma doudou, mon dodo, ma toto… Et puis, comme depuis la nuit des temps, dès qu’on se met à rêver un peu, faut qu’il y ait un roi, un château, des flics (armures, casques, mitraillettes, sabres, képis). Donc :
JE !
Je serai roi.
Joli programme.
Et toi
Tu seras ma reine
"Tu seras ma reine", bon sang. Tu seras pas ta propre reine, non, tu seras MA mienne de reine. Que je te foute au donjon si tu ne conviens plus ! Ça commence fort, les années 80. Les affaires reprennent ! Amen. Reagan dégaine et mène la rengaine des few good men ! Derrière lui, sur chars allégoriques, se déploie la parade, la procession, la sarabande bombance de la bomba samba embaumée, néons, fumigènes, gyrophares ! Tous au festin funeste du gomina et de la glu sèche, tous en file pour s’enfiler le recel putride des family values, le destin nu du nucléaire psychodomestique, vive la vie-vinyle, formatée formica, essence Elvissorama, ça gicle, ça fuse, ça éclabousse ! Viva Zapata Oil ! Make no mistake avec Sheik'n'Bake ! Acclamons en chœur l’avènement final de la sublime suburbianescence ! Envoie la purée, nous sommes prêts !
JE !
Je voudrais que tu saches nager
Comme les dauphins
Comme les dauphins
Je !
Aah. Ça y est, la complainte de l’occident démocratique va présenter ses arguments ultimes, le droit à la tripotade, le droit aux papouilles, le droit aux bisous sous les murailles. Magnifique. J’ai une semi-dure.
Je me souviens
David Bowie, René Lévesque, même combat !
Debout près du mur
Et les sentinelles ont tiré au-dessus de nos têtes
Et nous nous sommes embrassés
Comme si rien ne pouvait s’écrouler
Comme si nous pouvions encore
Être des humains »
Crédit photo : Alyssa Jordan
Joël Vaudreuil a toujours dessiné. Avant, c’était
dans ses agendas d’école, où il dessinait des personnages
dotés de pouvoirs inutiles et encombrants.
Maintenant qu’il n’utilise plus d’agenda, ses dessins
illustrent des affiches, des clips (Avec pas d’casque,
Malajube, Tricot Machine, etc.), des petits films, des
zines et, pour la première fois, un livre. Il ne sait pas
comment voler dans le ciel, mais il est capable de
plier une fourchette.
« J’aime les objets inutiles et colorés qui remplissent les espaces qui seraient tristes sans eux. J’aime aussi les gens qui arrivent à porter une coupe de cheveux ou un vêtement laid et qui les font bien paraître. J’aime dessiner des personnes avec des qualités qu’ils ne savent pas comment bien utiliser. »











